Notaire belgique succession : vos comptes visibles 10 ans

Publié le 28 août 2026 · Par Olivier Bokoto · 12 min de lecture

Données mises à jour le 28 août 2026 — Barèmes belges 2026

Ton père décède un mardi. Le jeudi, tu es assis face au notaire pour ouvrir le dossier de succession, et il te pose une question qui te prend au dépourvu : "Avez-vous connaissance d'un compte à l'étranger ?" Tu réponds non, persuadé de tout connaître de son patrimoine. Trois semaines plus tard, le notaire revient avec un compte d'épargne que personne dans la famille ne connaissait — retrouvé via un fichier de la Banque Nationale de Belgique que tu ignorais jusque-là.

Ce fichier, c'est le Point de Contact Central (PCC), et les notaires y ont un accès légal spécifique dès qu'un décès ouvre une succession. Ce n'est ni le même accès que celui du fisc, ni une surveillance permanente de tes comptes — mais concrètement, ça change la façon dont un actif successoral se reconstitue aujourd'hui en Belgique. Cet article t'explique ce que le notaire voit exactement, depuis quand, et ce que ça implique pour toi comme héritier ou comme personne qui prépare sa propre succession.

Réponse directe : lors d'un décès en Belgique, le notaire chargé de la succession peut consulter le PCC de la BNB pour identifier tous les comptes, contrats d'investissement et assurances-vie du défunt. Au premier semestre 2026, les notaires ont effectué 52.772 consultations de ce type, et les données y restent visibles pendant 10 ans.

Pourquoi un notaire peut-il consulter tes comptes bancaires, et combien de temps restent-ils visibles ?

Le notaire chargé d'une succession a une mission légale précise : établir la déclaration de succession, c'est-à-dire lister l'ensemble des actifs et dettes du défunt pour calculer la base sur laquelle les héritiers seront imposés. Sans un inventaire fiable, cette déclaration reposerait uniquement sur ce que la famille se souvient — or un défunt peut avoir ouvert un compte d'épargne oublié, un compte-titres jamais mentionné, ou une assurance-vie souscrite des années plus tôt.

C'est précisément pour combler ce risque d'oubli que le notaire dispose d'un accès légal au PCC, le Point de Contact Central des comptes et contrats financiers géré par la BNB. Cet accès n'a rien d'exceptionnel ou de discrétionnaire : il s'inscrit dans le cadre légal général du PCC, qui prévoit une liste fermée d'autorités habilitées, chacune pour un motif précis. Ce même registre est aussi consulté par le SPF Finances, mais dans un cadre totalement différent — celui d'un contrôle fiscal en cours, pas d'un règlement de succession. Notre guide sur le contrôle fiscal en entreprise Belgique détaille cet autre usage, distinct de celui du notaire.

Beaucoup se demandent, à raison : est-ce que je dois m'inquiéter si le notaire voit tous mes comptes lors d'un décès dans la famille ? La réponse tient en une nuance importante — le notaire ne consulte le PCC que pour établir l'actif du défunt, jamais pour examiner les comptes personnels des héritiers vivants. Ton propre compte courant, tant que tu es en vie, n'entre pas dans ce dossier.

Le notaire peut-il consulter le PCC pour autre chose qu'une succession ?

Non, pas dans ce cadre précis. L'accès notarial au PCC est légalement circonscrit, en vertu de la loi du 8 juillet 2018 portant organisation du Point de Contact Central, au règlement d'une succession — il ne couvre ni une vente immobilière, ni un divorce, ni une donation entre vifs, sauf si un autre motif légal distinct l'y autorise. Un notaire ne peut pas non plus consulter le PCC "par curiosité" ou pour un client qui n'a ouvert aucun dossier de succession chez lui : chaque consultation est tracée et doit correspondre à un dossier réellement en cours.

Selon L'Echo (20/08/2026), les notaires ont réalisé 52.772 consultations du PCC au premier semestre 2026, dans le cadre de successions. Ce chiffre s'inscrit dans un total plus large d'environ 105.000 consultations tous professionnels habilités confondus sur la même période — les notaires représentent donc à eux seuls environ 50,3% de l'ensemble des consultations du registre (52.772 ÷ 105.000 × 100 ≈ 50,3%), ce qui en fait la première catégorie d'utilisateurs du PCC devant le SPF Finances et les huissiers de justice réunis.

Selon la Banque Nationale de Belgique, les données enregistrées au PCC restent consultables pendant 10 ans. Concrètement, un compte ouvert il y a huit ans, y compris s'il a été peu mouvementé depuis, reste visible pour un notaire qui instruit une succession aujourd'hui. Ce délai de conservation est une donnée propre au fonctionnement du PCC — le délai est à confirmer précisément selon ta situation directement sur nbb.be, car il peut faire l'objet de précisions techniques selon le type de contrat concerné.

Pour comprendre en détail ce que le PCC contient au-delà du seul cas de succession — qui d'autre peut le consulter, comment vérifier toi-même tes propres données de ton vivant — notre guide sur le registre PCC BNB Belgique : vérifie tes comptes couvre le fonctionnement général du fichier.

Que voit exactement le notaire dans le PCC lors d'une succession ?

Le notaire ne voit pas le détail des transactions du défunt, ni l'historique de ses virements : le PCC transmet des soldes constatés à des dates précises, pas un relevé de compte complet. Concrètement, il obtient la liste des comptes bancaires, des contrats d'investissement (comptes-titres, fonds) et des assurances-vie détenus par le défunt, avec les montants globalisés correspondants — une photographie patrimoniale, pas un journal d'opérations.

Quels comptes du défunt le notaire découvre-t-il, y compris à l'étranger ?

Le PCC belge se limite formellement aux comptes ouverts en Belgique — un compte détenu par le défunt dans une banque française, espagnole ou luxembourgeoise n'y apparaît pas directement. Cela ne veut pas dire que ce compte étranger reste invisible : les héritiers restent tenus de le déclarer dans la déclaration de succession, et l'administration fiscale belge peut le recouper via les mêmes canaux internationaux que ceux appliqués du vivant du défunt.

Notre article sur les comptes étrangers Belgique : déclaration PCC et CRS détaille ce mécanisme d'échange automatique — le CRS/DAC2 — qui transmet chaque année les soldes détenus à l'étranger aux administrations fiscales de plus de 100 pays, la Belgique comprise. Ce canal ne s'arrête pas au décès : un compte-titres espagnol ouvert par le défunt continue d'être signalé au fisc belge après sa mort, exactement comme il l'était de son vivant, indépendamment de ce que le notaire trouve ou non via le PCC belge.

Cette dimension internationale a une conséquence financière concrète pour les héritiers. Prenons un exemple chiffré fictif : Paul hérite d'un compte-titres belge détenu par sa mère décédée, avec une plus-value latente de 20.000€ sur des actions cotées. S'il revend ces titres après la succession, la taxe sur les plus-values financières de 10% s'applique, avec une exonération de 10.000€ indexable par an. La base imposable ressort à 10.000€ (20.000€ − 10.000€), taxée à 10%, soit 1.000€ dus — un montant calculé selon les règles publiées sur finances.belgium.be, en vigueur depuis le 1er janvier 2026.

Trois catégories d'actifs méritent une attention particulière lors d'un inventaire successoral, précisément parce qu'elles échappent facilement à la mémoire familiale :

  • Les comptes-titres et fonds d'investissement ouverts par le défunt sans que la famille en ait le détail précis.
  • Les assurances-vie branches 21, 23 ou assimilées, dont le bénéficiaire désigné n'est parfois même pas l'un des héritiers légaux.
  • Les comptes bancaires étrangers, qui n'apparaissent pas dans le PCC belge et nécessitent une démarche déclarative distincte de la part des héritiers.

Comment se déroule la consultation du PCC par le notaire lors d'une déclaration de succession ?

Voici, dans l'ordre, comment un notaire mobilise concrètement le PCC pour reconstituer l'actif bancaire d'un défunt — une procédure que la plupart des héritiers découvrent seulement en la vivant.

Étape 1 — Ouverture du dossier de succession. Le notaire recueille l'acte de décès et identifie les héritiers légaux ou testamentaires, condition préalable à toute consultation du PCC dans ce cadre précis.

Étape 2 — Interrogation du PCC auprès de la BNB. Le notaire transmet une demande officielle à la Banque Nationale de Belgique, en justifiant sa qualité et le dossier de succession en cours, pour obtenir la liste des comptes, contrats et assurances-vie enregistrés au nom du défunt.

Étape 3 — Réception de la liste des institutions financières concernées. Le PCC ne renvoie pas de solde détaillé directement, mais indique auprès de quelles banques ou compagnies d'assurance le défunt détenait des avoirs — le notaire s'adresse ensuite à chacune d'elles pour obtenir le solde exact à la date du décès.

Étape 4 — Recoupement avec les informations transmises par la famille. Le notaire compare cette liste avec ce que les héritiers ont eux-mêmes déclaré, pour identifier les comptes oubliés ou inconnus de la famille avant de finaliser l'inventaire.

Étape 5 — Intégration dans la déclaration de succession. L'ensemble des actifs identifiés, y compris ceux révélés uniquement par le PCC, doit figurer dans la déclaration déposée par les héritiers — une omission découverte plus tard peut entraîner une régularisation, avec les conséquences fiscales que cela implique pour le dossier.

Si tu es toi-même indépendant ou dirigeant de SRL, cette procédure a une portée pratique bien avant ta propre succession. Un compte professionnel, un compte-titres logé dans ta société ou une assurance groupe alimentée par ton entreprise seront tous identifiés de la même façon par le notaire de tes héritiers, que tu les aies mentionnés à ta famille ou non. Tenir une liste actualisée de tes comptes et contrats, et en informer une personne de confiance, évite à tes proches de découvrir ton patrimoine professionnel uniquement via le PCC, plusieurs semaines après ton décès. C'est un réflexe de gestion, pas une démarche administrative distincte — au même titre que la tenue à jour de ta comptabilité de ton vivant.

Prenons un dernier exemple chiffré pour mesurer l'enjeu quand une succession touche une société. Michel, dirigeant d'une SRL, décède en cours d'exercice sans avoir versé d'acompte anticipé pour l'ISOC. Le bénéfice imposable estimé de la société s'élève à 60.000€, taxé au taux réduit PME de 20%, soit un impôt de 12.000€. Si les héritiers reprennent la gestion sans régulariser les versements anticipés avant la clôture, la majoration automatique de 6,75% s'applique : 12.000€ × 6,75% = 810€ de majoration, selon les règles publiées sur finances.belgium.be — un coût qui n'a rien à voir avec le PCC lui-même, mais qui illustre pourquoi un inventaire successoral rapide et complet évite des mauvaises surprises fiscales en cascade.

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FAQ — Notaire, succession et données bancaires PCC

Le notaire voit-il mes comptes personnels si je suis simplement héritier ?

Non. Le notaire consulte le PCC uniquement pour identifier les actifs du défunt, pas ceux des héritiers vivants. Ton propre compte courant, ton épargne ou tes contrats d'investissement personnels n'entrent jamais dans ce dossier, tant que tu n'es toi-même l'objet d'aucune autre procédure légale distincte.

Depuis quand les notaires ont-ils accès au PCC pour une succession ?

Cet accès s'inscrit dans le cadre légal général du PCC, en vigueur depuis la loi du 8 juillet 2018 et son arrêté d'exécution de 2019. Au premier semestre 2026, il représente déjà environ 50,3% de l'ensemble des consultations du registre, avec 52.772 consultations notariales sur un total d'environ 105.000, selon L'Echo (20/08/2026).

Un compte oublié découvert par le notaire change-t-il le montant des droits de succession ?

Oui, potentiellement. Un actif non déclaré doit être intégré à la base imposable de la succession dès qu'il est identifié, ce qui peut modifier le montant final dû par les héritiers. Le calcul précis des droits de succession dépend de la région et du lien de parenté — à vérifier directement auprès du notaire en charge du dossier.

Le PCC révèle-t-il aussi les comptes que le défunt détenait à l'étranger ?

Pas directement. Le PCC belge se limite aux comptes ouverts en Belgique. Un compte étranger reste soumis à une déclaration distincte par les héritiers, recoupée par l'administration fiscale via l'échange automatique CRS/DAC2, qui continue de transmettre les soldes après le décès exactement comme il le faisait du vivant du défunt.

Combien de temps mes comptes restent-ils visibles dans le PCC après leur clôture ?

Selon la Banque Nationale de Belgique, les données enregistrées au PCC restent consultables pendant 10 ans. Un compte clôturé depuis plusieurs années peut donc rester identifiable par un notaire lors d'une succession ultérieure — le délai exact applicable à ta situation reste à confirmer sur nbb.be.

Que tu prépares ta propre succession ou que tu viennes de découvrir un actif via le notaire, mieux vaut connaître à l'avance l'impact chiffré d'une majoration ISOC ou d'une taxe sur les plus-values financières. Simule ta situation sur AgentCompta avant d'en discuter avec ton comptable ou ton notaire.

Ces informations sont des estimations pédagogiques. Consultez votre comptable agréé (ITAA).

Note pédagogique

AgentCompta est un outil de simulation fiscale, pas un cabinet comptable. Ces informations sont indicatives et basées sur la législation belge en vigueur. Consultez votre comptable agréé (ITAA) pour toute décision fiscale.

Questions fréquentes

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À propos de l'auteur

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Olivier Bokoto

Fondateur d'AgentCompta

Aide-comptable passionné de fiscalité belge, Olivier a créé AgentCompta pour aider les indépendants et gérants de PME belges à comprendre leurs obligations fiscales — TVA, INASTI, versements anticipés — et à challenger leur comptable avec leurs propres chiffres.